Quand le Destin s'en mêle {20} - Fin



Il ne le montrait peut-être pas car son visage restait plus ou moins impassible, mais il était extrêmement tendu. Jason n’avait pas pensé ressentir un tel sentiment en proposant à Tomas de devenir son soumis. Il lui avait offert du temps pour réfléchir afin de ne pas le brusquer et qu’il puisse lister les pours et les contres de cette demande. Cependant, il ne supportait pas attendre, c’était de loin un supplice frustrant… Mais surtout, il ne pouvait pas admettre qu’on lui refuse ce qu’il désirait ardemment et son souhait était de posséder Tomas et de découvrir toutes les sources de jouissance de leur corps à corps. Il en rêvait tandis que ses yeux se plongeaient dans les siens, à la recherche d’un petit indice sur ses pensées mais, il n’y avait que du trouble dans le regard adverse.

Jason baissa un instant le regard sur sa main qui entourait le genou de Tomas. Sa paume encerclait à la perfection sa rotule, ses doigts étaient à peine cramponnés sur le tissu de l’uniforme, alors qu’il s’imaginait remonter sa main vers l’intérieur de la cuisse. Les paupières légèrement fermées, un petit sourire en coin s’esquissa, laissant apparaitre quelques petites rides au coin de sa lèvre et une légère fossette sur sa joue. Il se remémorait ses conquêtes pour peu à peu réaliser qu’il n’avait jamais autant souhaité un homme que Tomas. Il voulait tout de lui, jusqu’à soumettre son âme, qu’il lui soit attaché comme une paire de menotte. Rouvrant de grands yeux globuleux, faisant ressortir le rouge puissant de ses pupilles, Jason frissonnait à cette pensée d’être lié à quelqu’un.

- Tu as raison. Il n’est pas nécessaire de presser les choses pour qu’il n’y est aucun regret par la suite. Dit-il en retirant lentement sa main de son genoux, fixant les détenus qui se dirigeaient vers le réfectoire.
Les yeux rivaient sur ses chaussures, il sentait la fumée de cigarette lui enivrait les narines tandis que peu à peu la cours extérieur se vidait de tous les occupants sauf de quelques gardiens qui montaient la garde. Hermétique, Jason se demandait si cette relation était à envisager ? Il ne doutait pourtant jamais. Il fronça les sourcils ne comprenant pas ses sautes d’humeur qui résonnaient dans sa tête comme le tambour d’un orchestre. Dans un long souffle, il se leva et fit un pas en avant pour rejoindre le réfectoire, mais au second pas, il se stoppa net, comme si le sol venait de l’engloutir.


A cet instant, il pouvait tout ressentir, le bruissement des feuilles des arbres agitées par une légère brise, le roulement des cailloux sur le sable, le ballon de basket qui roulait sur le terrain, et surtout les battements de son cœur qui résonnaient comme l’écho d’un cri. Dos à Tomas, Jason se retourna pour lui faire face afin de lui répondre. Il ne voulait pas installer le doute, ni la peur, ni l’inquiétude dans cette future relation. Pourtant Jason percevait un sentiment qu’il avait du mal à comprendre, à expliquer, mais il se débarrassa très vite de cette drôle d'impression d’un clignement de cils.

- Mon soumis doit tout m’offrir. Dit-il pour répondre à la question de Tomas, résumant au plus simple. Mais cette explication ne pouvait pas suffire, il ne pouvait pas se faire une idée de ce que pouvait lui réserver cette combinaison de domination-soumission.
- Je t’éduquerais aux plaisirs charnel, à découvrir ta propre perversité. Il passa rapidement une main dans ses cheveux, ébouriffant quelques mèches à la recherche des mots justes. Le problème, c’est qu’il s’exprimait le plus souvent par les actes et non par des paroles.

Sa main dans ses cheveux glissa lentement sur sa joue, contournant sa mâchoire pour frotter son menton et le long de sa gorge. Il observa un moment le ciel, ou seul un nuage en forme d’ellipse surfait sur la toile bleutée, avant de croiser le regard de Tomas et de se noyer longuement dans l’abime de ses pupilles.

- Tomas… Dit-il d’une voix basse et grave tout en se rapprochant pour lui faire face. Il se pencha pour que son visage se trouve au même niveau du sien, l’une de ses mains se faufila derrière la nuque du détenue, avant de lui laper d’un petit coup de langue sa bouche, pour ensuite souffler d’un doux murmure :
- Tu ne penseras plus à rien, je te guiderais et mes ordres deviendront une évidence, un plaisir incomparable. Acheva-t-il dans un long baiser plein de promesse.

Quand sa bouche se sépara, à contre cœur, de la sienne, Jason se perdit quelques secondes dans la contemplation, qu’il espérait, de son soumis..

- J’attends ta réponse. Je te laisse une semaine. Annonça-t-il en se redressant pour ensuite se détourner de lui pour rejoindre le réfectoire.

S’il restait une seconde de plus, il n’aurait pas prit en compte l’avis de Tomas et l’aurait fait sien sans se soucier des conséquences. Son visage se déforma dans une grimace, serrant les poings. C’était sans-doute ce qu’il aurait dû faire, mais dans un coin de son estomac, une boule d’agitation le lui interdisait.