Quand le Destin s'en mêle {19}



Tout avait commencé par une journée banale. Une journée comme toutes les autres, routinière et qui ne semblait rien présager de particulier. Seulement, je ne m'étais pas attendu à refaire face à un homme qui avait vivement piqué ma curiosité. Le match de basket avait révélé son lot de surprise et de rebondissement que personne n'avait refusé, pas même moi. À dire vrai, depuis notre première rencontre, Jason avait su captiver mon attention, par sa tranquillité et son air aiguisé. Son regard avait provoqué en moi une foule de sensations déroutantes mais pour le moins enivrantes. Je n'étais pas encore capable, sur le moment, de me pencher pleinement sur cet homme alors que je devais combattre son chef dans un match singulier. Pourtant, je devais bien avouer que ses regards de braise m'avaient envouté tout comme la sensation de sa peau sur mon torse, lorsqu'il nous avait séparés Randy et moi. Je ne m'en lasserais pas de repenser encore et encore à ces moments-là, si intense et délectable. Puis il y avait eu cet instant si cocasse dans les toilettes, où je l'avais surpris en train de dominer pleinement un jeune détenu. Le visage de celui-ci, presque impassible alors qu'il avait l'arrière-train offert me laissait encore une vague d'amusement en tête. Jason lui, n'avait pas semblé perturbé et avait même continué un instant sans pour autant me quitter des yeux. Il y avait eu quelque chose ce jour-là aussi, bien loin des gestes ou des paroles. Il y avait eu des non-dits, comprit de nous seul et qui m'avaient enflammé le corps avec une impétuosité incroyable.

Aujourd'hui, encore il y avait eu ce petit truc, pourtant indéfinissable, qui avait été présent et je n'avais aucune envie que cela disparaisse. Pas maintenant. Pas si tôt. c'était d'ailleurs ce sentiment étrange, cette sensation qui avait poussé le Black Tears à me faire cette demande surprenante, me laissant sans voix un moment. Ma cigarette entre les lèvres, je m'en pris une longue bouffée, laissant échapper le nuage de fumée à travers mes narines tandis qu'il se rapprochait pour s'assoir à mes côtés sur le banc. Il m'avait de nouveau répété ses mots, comme s'il s'agissait d'une évidence connue de lui seul, comme un désir brute. Au-delà de la surprise, j'étais touché, car ses paroles montraient aussi une part de son envie, de ses désirs, de ses sentiments aussi peut-être. Je me questionnai alors sur sa demande, ignorant par celle-ci, si Jason voulait que l'on devienne amant, sexe friend ou tout autre chose. Il avait le don de me troubler, de me pendre de court aussi, sans s'en rendre compte apparemment. Mon Dieu ! Ignorait-il vraiment le pouvoir si puissant qu'il détenait sur moi ?! J'avais du mal à le concevoir pourtant c'était belle et bien le cas, car le Black Tears ne se rendait compte de rien, quant aux émotions internes qui me vrillaient le corps et le cœur avec force en ce moment même.

Je dûs me faire violence pour détourner mes yeux de lui, de son regard si pénétrant, pour me rendre compte de ce qu'il se passait à côté. J'eus un sourire en voyant les détenus reprendre un match sur le terrain de basket, me remémorant alors ce qu'il venait de se passer et l'extase qui en avait suivi. Cependant, contrairement à nous, ce fut la violence qui régna sur le terrain, jusqu'à ce que les gardiens - vus un instant avant - interviennent. Ils ne perdaient pas une minute, se ruant dès le premier dérapage pour contenir les deux hommes qui s'échangeaient des coups d'une violence rare... sans parler de leurs coéquipiers pour le match qui s'étaient eux aussi joint à la bagarre. Néanmoins, mon attention se retourna bien vite sur l'homme à mes côtés, que je scrutais du coin de l'oeil, tout en taclant ma cigarette pour en faire tomber la cendre dans un tourbillon, avant que celle-ci ne s'échoue au sol, inerte. Cette fois-ci c'était moi qui attendais une réponse, avec cette impatience mal contenue mais que je tachais de cacher au mieux. Je ne voulais pas qu'en plus il me prenne pour un enfant capricieux, le désirant lui et lui seul, après seulement un moment de débauche ensemble. Ce serait grotesque et il se raillerait sans doute de ma naïveté. Non... il ne le ferait pas, je l'imaginais que trop mal agir de la sorte. À moins que ce ne soit moi, qui ne voulait pas voir cette partie de lui, plus cruelle.

Mon regard croisa le sien alors qu'il se frottait négligemment les sourcils, comme contrarié ou en proie à une réflexion intense. Je devinais qu'il devait lire en moi comme dans un livre ouvert en ce moment même. J'attendais sa réponse avec impatience, mais avec aussi une pointe d'appréhension. Qu'allait-il me dire ? M'étais-je complètement trompé ? Ne voulait-il que mon cul ?! Sous le cours de mes réflexions, je découvris alors un côté plus romantique en moi que je ne l'aurais crue. Qu'avais-je donc espéré de ce moment passé ensemble ? Il ne s'agissait que de sexe, n'est-ce pas ? Alors pourquoi ce constat, me donnait l'impression que quelqu'un compressait mon cœur avec une forte colossale ?! C'était comme si Jason s'était incrusté en moi, au plus profond de mon être au point que je ne pouvais plus m'en défaire. M'étais si rapidement attaché ? Non, impossible ! On ne pouvait s'attacher à quelqu'un en si peu de temps. Alors qu'est ce que c'était, que ce sentiment étrange et sur lequel je n'arrivais pas à mettre le moindre mot. De l'intérêt ? De la curiosité ? Mon Dieu !
Pourquoi avait-il de tels yeux ! Je n'arrivais plus à réfléchir posément sans me perdre dans ce lagon magmatique. C'était comme être un jeune enfant devant la vitrine d'un magasin de jouets, et vouloir se saisir d'un objet inaccessible mais pourtant tellement tentant ! Le Black Tears avait cette fichue manière de me faire perdre ma lucidité au profit d'une délicieuse rêverie en sa compagnie !

<< Deviens mon soumis >> ? Cette fois encore, il me prenait de court, ne me laissant qu'avec cette impression de surprise, d'appréhension mais aussi autre chose... inexplicable. Un soumis, me répétais-je en mon fort intérieur. J'ignorais comment je devais prendre cette demande pour le moins inattendue. Devais-je m'en réjouir qu'il me le propose avec autant d'aplomb, comme si j'étais le jouet qu'il voulait saisir à travers la vitrine, ou bien m'en désespérer ? Mais m'en désespérer à cause de quoi ? Il n'y avait eu aucune promesse, aucune allusion à quoi que ce soit et je ne savais pas moi- même ce que je pouvais attendre de lui, ni de ce que je voulais. Diable, l'être humain était tellement complexe à décortiquer ! Je sentais sur moi son regard et tout en prenant une nouvelle taffe je gardais moi aussi mon regard accroché au sien. Je le scrutai un moment comme si je pouvais en l'observant deviner ses pensées ce qu'il attendait de moi, de ma réponse et ce qu'il aurait voulu réellement entendre. Je dû reconnaitre que j'ignorais quoi répondre, aussi je détournai de nouveau les yeux de lui, appuyant mon dos contre le grillage derrière moi, la tête légèrement levé vers le ciel.

- " Pour être honnête... " Lançais-je d'une voix plus calme que je l'aurais crue, " Je ne sais pas trop quoi en penser. "

C'était la vérité. J'ignorais comment réagir à ses paroles. Je n'étais pas un adepte du s&m, mais je n'ignorais pas pour autant cette pratique pour en avoir longtemps entendu parler ou vu, sans pour autant en profiter moi-même. Aussi, lorsque j'entendis la question suivante de Jason, j'eut un bref sourire tout en tournant légèrement le visage vers lui. Il voulait sans doute développer un peu, dissiper certains doutes, apaiser mes craintes, ce qu'intérieurement je remerciai. Il n'était pas particulièrement attentionné de ce que j'en avais vu pour le moment, mais il avait assez de savoir-être et de tact pour tenter une approche plus en douceur sur un sujet un tel peu délicat. Je l'écoutai donc avec attention, sans pour autant le quitter des yeux, m'attardant parfois - sans vraiment m'en rendre compte - sur ses lèvres... Des lèvres à baiser. Expertes et fougueuses aussi. Je sentis un sourcil s'arquer sur mon visage, il exigeait l'exclusivité... mais je ne pu m'attarder plus longtemps à mes penser alors que sa main venait tout juste de se refermer sur l'un de mes genoux, comme un geste de réconfort. Il n'aurait pu m'apaiser et m'imposer le silence autrement. Ce que je fis, au final, nullement offensé par cette main sur mon corps.

- " J'y réfléchirais. " Murmurais-je d'une voix basse, mais dont le timbre rauque trahissait l'émoi de notre ébat passé. " Je ne tiens pas à te donner une réponse que nous regretterions tous les deux ensuite. " Continuais-je, tout en taclant ma clope de nouveau pour en faire s'échouer au sol la cendre.

Je lui offris un sourire, simple mais sincère tout en lui tendant la fin de ma clope en ultime proposition, sans pour autant la formuler verbalement. La sonnerie retentis à ce moment-là, comme le réveil brutal qui vous arrache au rêve le plus doux et voluptueux que l'on peut faire. Ce rêve merveilleux dont on ne souhaite absolument pas se réveiller. J'avais peur qu'avec celle-ci, il s'en aille. Je devais sans doute prendre goût à sa compagnie, c'était même certain et ça... je ne le niais pas. Au contraire, j'appréciais ce moment de partage que nous avions, bien qu'un peu gênant, il n'en restait pas moins intéressant. Je me demandais encore ce que Jason allait me réserver pour la suite si j'accédais à sa demande. Si je devais dire "oui", je pense que ce serait aussi une part de curiosité qui me pousserait ainsi vers lui, mais jamais autant que le Black Tears lui-même. Jason était trop fascinant pour que l'on passe à côté... malgré tout et pendant toutes ses années en prison, je ne l'avais pas remarqué. Pourquoi ? Je me le demandais à présent. Comment un homme tel que lui avait pu passer à coté de moi sans que je ne m'en aperçoive ?! Les circonstances peut-être ne m'avaient sans doute jamais amené à pouvoir le croiser aussi longtemps pour me rendre compte de son aura si dévastatrice.

Je m'humectai les lèvres et m'étirai comme Jason l'avait fait quelques instants plus tôt, alors que je me délectais de voir ses muscles rouler sous sa combinaison.

- " Explique-moi déjà ce que tu attends de ton soumis. " M'exprimais-je, tout en essayant de faire abstraction de la chaleur que répandait la main de mon vis-à-vis sur ma jambe. " Que je sache à quoi m'en tenir, si j'en viens à accepter. "