Quand le Destin s'en mêle {18}



Debout à deux pas du banc, la bouche légèrement ouverte, Jason venait d’assimiler les mots qu’il venait d’avouer. Il comprenait également, peu à peu, leur signification. C’était la première fois, ou du moins, l’une des rares fois, qu’il exprimait aussi ouvertement le désir de soumettre une seule et unique personne. Lentement, il pinça ses lèvres l’une contre l’autre ne formant qu’une longue commissure tandis, que les bras tendus, ses doigts pianotait dans le vide. Il ne cessait d’observer Tomas qui s’était étouffé en inhalant de la nicotine à la suite de son aveu, Jason aurait pu en rire en d’autres circonstances, mais son visage restait ferme attendant une réponse qui ne venait pas. Dans une longue inspiration, il tourna à peine la tête vers l’horizon, guettant la cours extérieur : Les gardiens continuaient à se tenir à leur planning habituel, surveillant les alentours ; D’autres détenus préféraient rester sous le préau à l’ombre du soleil et s’entrainaient sur les machines de musculations, alors qu’un nouveau match de basket débutait sur le terrain.

- … Oui, je te veux. Dit-il une nouvelle fois, répondant à la question de Tomas, examinant encore les alentours.

Il sentait tout de même le regard de Tomas le scruter avec, sans doute, étonnement, appréhension et bien évidemment une certaine incompréhension. Ses doigts venaient de s’arrêter de jouer dans les airs, pour venir se croiser derrière sa nuque, dévoilant sa musculature à travers le tissu de son uniforme. Jason s’étira longuement. Il fronça brusquement son nez tout en ruminant intérieurement : Il aurait dû accepter la cigarette que lui avait proposé Tomas, mais il avait préféré gardé, encore quelques instants, le goût de ses lèvres sur les siennes.
Le Black Tears avait l’impression, soudainement, que les minutes dégringolaient plus rapidement que d’habitude. C’était dû à la tension qui s’agitait en lui comme une tempête volcanique dans l’attente d’une réponse qui était aussi longue à venir, que le verdict de sa condamnation carcérale. Il relâcha la pression de ses doigts derrière sa nuque pour les laisser se perdre dans ses cheveux avant de laisser ses bras tomber le long de son corps.
Au loin, une bagarre débuta en plein milieu du match de basket. Deux types se disputaient à cause d’une faute, commise ou non, avant d’en venir aux poings et au loin, deux gardiens courraient vers le combat pour se fondre dans la mêlée et mettre fin aux hostilités. Jason aurait apprécié regarder la lutte jusqu’au bout, mais la voix de Tomas l’interpella aussitôt, et détourna la tête vers lui.

- Hum. Souffla-t-il avant de légèrement tousser.
Jason fit deux grands pas pour se rapprocher et s’installer sur le banc à-côté de Tomas. Il le fixa longuement tout en étant à la recherche d’une réponse constructive. Est-ce que dans les mots « Je te veux », il avait sous-entendu « amant » au lieu de « soumis » ? Peut-être, qu’au fond, cela correspondait à la même profondeur de ses désirs, de ses souhaits et que les mots n’avaient que peu de valeur face aux actes.
Il se frotta fortement un sourcil à l’aide d’un doigt sans pour autant trouver la bonne note, la bonne mesure, ou la bonne réplique. Jason n’avait jamais été l’amant de qui que ce soit, mais le maître de tels ou tels soumis, certains plus longtemps que d’autres, mais il ne s’attachait jamais : il assouvissait simplement ses pulsions tout en respectant son partenaire. Le Black Tears ne savait comment aborder le sujet sans devenir aux yeux de Tomas un sale pervers insensible.

- C’était plutôt « Je te veux » ... Dans le sens « Deviens mon soumis » …

Pendant que la phrase papillonnait doucement vers les pensées de Tomas, Jason le jaugeait d’un regard silencieux. Il se massa la mâchoire d’un air contrit, peut-être que ce n’était pas la première fois qu’on lui proposait de devenir un petit esclave, le petit joujou de quelqu’un ? A Saint James, il y avait un bon nombre de détenus qui étaient attiré vers le milieu s&m, mais peu d’entre-eux savaient réellement s’y adonner avec passion, expérience et conscience. La douleur que l’on pouvait affliger à son partenaire était parfois insoutenable, et il était important de savoir manier cette pratique. Une pratique qui était déroutante pour certains, excitante pour d’autres, mais pour Jason, c’était bien plus profond, il dévoilait ses sentiments de cette manière.

- Tu connais un peu le fonctionnement… ? Demanda-t-il d’une voix rocailleuse sans attendre de réponse imminente, il poursuivit sur le sujet, Si tu me dis oui, j’exige « l’exclusivité »… Mais tu n’es pas obligé de me répondre dans l’immédiat, laisse-toi le temps d’y réfléchir. Lentement, il porta sa main vers un genou adverse, et l’encercla dans sa paume, retournant dans un petit mutisme.

Puis, la sonnerie stridente de Saint-James s’éleva dans les airs pour informer qu’il était le moment de l’encas de seize-heures.