Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. {3}


La main sur l’épaule, il se la massait. Lentement, du bout des doigts, il malaxait un muscle douloureux. Ou, peut-être, était-ce juste pour se donner une contenance. Actuellement, Randy se trouvait dans une phase amère, peut-être cruel. Mais on récoltait souvent ce que l’on semait, aurait-il voulu murmurer. Cependant, il devait se donner bonne figure, être toujours le même, ce gars confiant, ferme, sans-doute inhumain.
Ses pupilles jades fixaient sans ciller Tomas J. Miller qui se rapprochait d’un pas lent, d’une allure tranquille alors que tous les détenus dans le préau l’observaient curieux, certains jaloux, ou d’autres, peut-être inquiets. Randy pouvait lire une lassitude sur les traits de son visage, ce n’était pas simplement de la fatigue, non, les expressions de son visage étaient indéchiffrables, impénétrables, une sensation morose.
Randy détourna un instant le regard pour croiser celui de Jason, mais celui-ci, était sur ses gardes prêts à intervenir au moindre faux pas, un genre de justicier. Il n’avait jamais vraiment pu comprendre son attachement envers son second, ils avaient su tisser un lien résistant, inflexible, toujours honnête. Jason n’aimait pas les mensonges, mais certaines expériences ne pouvaient être racontées, juste détournées ou, en l’occurrence, mis sous silence.

- « Il semblerait que tu veuilles me parler. »

Il tourna la tête vers Tomas et tomba nez à nez sur ses pieds. Son regard s’éleva lentement, détaillant par la même occasion le corps qui lui faisait face. Calculant ses points forts, comme ses points ses points faibles. Randy se bloqua un moment sur le menton adverse avant d’épier son regard. Il possédait une intelligence analytique qui fouillait sans pitié les moindres détails et surtout les petits travers des gens. On pouvait lire beaucoup de sentiments à travers deux pupilles, mais à part l’ennui et une sensation d’un homme esquinté par la vie, il n’y descella rien d‘autre.

- « Je t’écoute. »

La gorge sèche, il avala un peu de salive avant de se pencher pour attraper une bouteille d’eau près de l’appareil de musculation. Silencieux, il but quelques gorgées. Randy prenait tout son temps et par la même occasion, il vérifiait la patience de Tomas. Il prit aussi le temps de mieux le visualiser, avant de poser la bouteille à ses pieds et de se mordre la lèvre inférieure entre deux dents.

- Tomas J. Miller, je vais aller droit au but… On t’observe depuis un moment et tu serais un bon atout dans nos rangs.

Randy se redressa, il était plus petit que Tomas mais il ne manquait pas de prestance, c’était une force de la nature. Il redressa la tête pour fixer les yeux de son vis-à-vis et il porta sa main vers sa barbe coupé court, brossant son poil à sens inverse de la pousse.

- Rejoindre le gang des Black Tears t’apporterait beaucoup d’avantages à Saint James… Qu’en penses-tu ? Et… avant de répondre, sache que j’apprécie très peu les réponses négatives.

A quelques centimètres de lui et malgré sa taille moyenne, il donnait une sensation de supériorité, de dominer d’un simple regard, d’un mouvement, cette conversation.