Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. {4}



Un calme étrange c’était installer dans le préau, un calme pesant uniquement bercé par le cliquetis des machines de musculation et des respirations saccadées des détenus. Comme si la majorité des personnes présente en ce moment même, voulaient pouvoir entendre ce qu’il se disait avec le chef des Black Tears. De mon coté, assis sur le siège de la machine, en face de Randy, j’attendais qu’il précise pourquoi il avait demandé à me parler. J’étais curieux de savoir de quoi il retournait, même si j’avais déjà mon idée sur la question, je tenais à en être sûr, en l’entendant par la bouche même de mon commanditaire. Le chef de gang semblait prendre tout son temps, me jauger également, mais je ne pipai mot et attendis, comme l’homme de patience et de calme, qui avait fait pendant des années ma réputation au sein d’Elixir.
Enfin, il se décida à parler et je pris soin de noter chaque mot dans mon esprit pour les réutiliser à bon escient et les analyser. Apportant ma cigarette à mes lèvres, j’en dégustai les méfaits toxiques et pourtant salvateurs au moment de sa vie éphémère, tout en détaillant les deux hommes en face de moi.
Ainsi donc, j’étais la source d’observation et d’intérêt depuis quelque temps. Intéressant. D’un regard, j’observai Randy, dont la force animale était palpable, présente et pesante aussi. Il était simplement fait pour être chef, pour diriger à la baguette les membres de son Black Tears.

Il était clair, que cet homme voulait dominer pleinement cette conversation, ne me laissant pas véritablement de choix. À dire vrai, Randy l’avait bien dit à haute voix. Je restai silencieux pendant un certain temps, toujours assis, Randy maintenant debout, me dominait de toute sa hauteur, mais il en fallait plus pour m’intimider. Quoi qu’il en soit, je ne pouvais nier que Randy avait un charisme impressionnant. Même si à choisir … Mon regard se posa une seconde sur Jason, son second, puis reportant mon attention sur Wulf, j’entrepris de lui répondre enfin.

- « Donc quoi qu’il en soit, que je n’ai pas véritablement le choix, c’est ça ? », demandais-je, plus amusé que véritablement contrit.

Épongeant une dernière fois ma nuque avec la serviette que j’avais laissé autour de mon cou, je pris un malin plaisir à réfléchir à cette proposition, même si pour tout dire, j’en avais déjà la réponse.

- « Les Black Tears peuvent effectivement, m’apporter beaucoup. Soutiens, protection, influence et j’en passe … », répondais-je tout en croisant les jambes, avant de reprendre, d’un ton toujours aussi calme et serein, que depuis le début de cette conversation. « … Même si je suis arrivé en prison, pour un crime sans doute similaire à ceux de ton gang, les raisons profondes de notre présence ici diffèrent. »

En effet, les Black Tears, gang réputé et reconnu, avait toujours été l’un des clans d’Amérique connu pour ses enlèvements, contre rançon mais aussi pour d’autres crimes, comme les trafics de drogue, d’armes et surtout, d’être humain. Seulement, de mon coté, la seule raison qui m’avait fait me retrouver derrière ces barreaux, était un simple besoin de vengeance, d’idéaux et sans doute aussi, d’ego et fierté mal placé. C’est deux dernières possibilités avait fleuri dans mon esprit pendant mes premières années d’incarcération, comme quoi la vie en prison, pouvait faire réfléchir.
Je n’avais cependant, aucune autre raison valable de m’allier au Black Tears, car ce qu’ils pouvaient m’apporter, je me le procurais déjà par moi-même.

- « Je suis dans le regrets de décliner cette invitation, Randy. », lançais-je tout en me relevant pour lui faire face à hauteur égale, tout en coinçant de nouveau ma cigarette à la commissure de mes lèvres. « Il te faudra donc faire avec une réponse négative, sauf si… », manquant volontairement une pause, avant de reprendre. « .. tu me trouves un argument que je ne pourrais réfuter. »

Un brin provocateur, sans outrance, je gardant mon regard ancré dans le sien, tentant d’y lire une quelconque information, avant de lever les yeux vers le bodyguard. Il était toujours aussi calme et silencieux. Il y avait fort à parier, que Jason prenait soin d’observer mes faits et gestes pour une analyse complète et perspicace, qu’il transmettait avec certitude à son chef. Dieu qu’il avait un regard profond !