Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. {2}



Ce matin-là, j’ignorais encore comment la journée aller se passer. J’ignorais les rencontres que j’allais faire et celles qui forgeraient à jamais mon existence carcérale. Pourtant, ce même matin, j’avais en tête le planning de cette journée pourtant si similaire aux autres.
Allongé dans le lit de la cellule numéro B0005, un long soupiré s’envola d’entre mes lèvres, tandis que je me redressais pour enjambée l’échelle du lit superposé et atterrir au sol en souplesse. Kalai dormait encore, en tout cas si ce n’était pas le cas, il avait la respiration paisible et régulière. Détournant le regard du jeune homme, je m’affairai à l’évier pour me passer un coup d’eau fraiche sur le visage, aussi bien pour me réveiller de cette nuit sans sommeil, que pour me donner un coup de fouet pour cela à venir. Tout en m’essuyant le visage ruisselant d’eau, avec le marcel blanc que je portais sous ma combinaison de détenu, j’observai le reflet de la glace sommairement accroché au mur. J’eut l’impression d’y voir un homme fatigué, usé par le temps et sans doute par ses années de captivité. J’abaissant mon regard vers le torse, pour y voir une ligne de muscles sculptés, comme un soupçon d’embonpoint. Saisissant cette fine partie de graisse dont j’avais toujours eu du mal à me débarrasser, autant par le passé qu’à l’heure d’aujourd’hui, je pris la décision de faire un passage à la salle de musculation dans la journée. Pas question de perdre ce que j’avais si durement acquis dans ma jeunesse et conservé jusqu’à maintenant !

Rabaissant mon tee-shirt, ma veste de combinaison sommairement fermée, je quittai ma cellule dont les portes venaient de souffrir pour me diriger vers le réfectoire. J’y croisai le chef des mâtons, que je lorgnai du coin de l’œil, sans m’en privé. Oh petit plaisir de cette misérable vie ! Engouffrant un café et quelques fioritures, je quitte le réfectoire m’autorisant un détour de deux tablés pour ne pas croiser le même chemin que Sight et Zinhgleur. C’est deux là étaient véritablement un duo de tous les diables. J’avais toujours eu l’impression de voir un nuage nauséabond derrière eux. Laissant la porte battante grincer à mon passage, je filais vers les douches, rituel de la matinée. J’avais bien évidemment, pris au passage une nouvelle combinaison et deux débardeurs d’un noir de jais, pour ne pas avoir besoin de retourner à ma cellule ensuite.

La douche prise, le repas de midi, sommairement avalé, je profitais du fait que nous ayons quartier libre pour me diriger vers la salle de musculation. Je savais pour y être déjà allé, qu’il y avait aussi tout le nécessaire à la pratique de la boxe, ou tout autre sport de combat. J’engouffrai l’une de mes mains dans les poches de mon uniforme pour en saisir mon paquet de cigarettes. Agitant celui-ci d’un geste du poignet, je grinçais des dents. Il n’en restait plus beaucoup. Je ne mis pas bien longtemps avant d’arrivée à destination, juste le temps de me ruiner les poumons avec une nouvelle dose de goudron Trouvant les lieux déjà occupé par certains détenus, plus ou moins connu, je m’avançai parmi eux et ôtai ma veste de combinaison avant de débuter quelques échauffements, aux altère, aux poids et autres appareils.
J’enchainai alors avec un punching ball, me bandant les poignets avec le matériel associé, avant de débuter coups après coups. Tacle, coup de poing, crochet du droit, du gauche, passant mon avant-bras de temps en temps sur mon front pour en essuyer la sueur, puis reprendre, tacle, coup de poing, etc. Tout y passa, pendant de longues minutes, si longues même que je ne me rendis pas bien compte du temps qui fila, tout comme les personnes qui s’étaient regroupé dans la salle de musculation.
Les muscles échauffés, le souffle court mais pourtant régulier, je m’approchai de la serviette et de la bouteille d’eau j’avais apporté, pour en avaler de longues gorgées, alors que du coin de l’œil je vis un homme s’approcher. Bouchant la bouteille, avant de prendre en main la serviette et de m’éponger la nuque comme le visage, sans un mot, j’écoutais ce qu’avait à me dire le jeune, avant de jeter un regard en biais vers les deux hommes qu’il me désignait du menton.

Alors c’était lui, le chez de fameux Blacks Tears. Qui n’en avait pas entendu parler, entre ses murs, comme à l’extérieur d’ailleurs. Je le jaugeais un instant, puis m’approchai d’eux, guider par membre de leurs gangs sans doute. Les deux hommes étaient impressionnants et j’eut aucun mal à remarquer lequel des deux étaient le chef de la meute. Il se dégageait de lui un charisme, une force colossale. Randy, si je me souvenais bien de son prénom, imposait le respect. Un respect que je saurais apprécier et entretenir, s’il en faisait de même.

- « Il semblerait que tu veuilles me parler. », lançais-je pour briser le silence, tout en continuant de m’essuyer, la nuque et les bras.

J’abandonne la contemplation de Randy un instant, pour m’occuper de celle de son garde du corps. Nouvel arrivant, si je me souvenais bien, Jason Ravana. Lui aussi faisait partie du gang et l’avait dirigé un certain temps, mais rare était les informations à son sujet. Le second des Black Tears avait lui aussi une présence impressionnante. Son aura calme et discrète m’intriguait, me donnant l’impression qu’il guettait la moindre approche agressive. J’eut un sourire en coin, il devait faire un bon chien de garde !
Je reportai enfin mon attention sur l’homme assis en face de moi, cherchant de nouveau dans mes poches mon paquet de cigarettes pour m’en allumer une, fixant le duo d’un regard calme et patient. J’ignorais de quoi voulait me parler Randy et j’imaginais alors les sujets possiblement abordables. De toutes les idées les plus farfelues que je venais d’avoir, seule une me semblaient un tantinet crédible. Celle d’un arrangement, ou d’une quelconque magouille. Aussi je restai patient et m’assis sur le siège de la machine en face de cet homme, lui laissant le loisir de me jauger s’il en avait envie.

Sous un nuage grisâtre, ma voix claqua calme et puissante.

- « Je t’écoute. »