Ce matin-là,
j’ignorais encore comment la journée aller se passer. J’ignorais les rencontres
que j’allais faire et celles qui forgeraient à jamais mon existence carcérale.
Pourtant, ce même matin, j’avais en tête le planning de cette journée pourtant
si similaire aux autres.
Allongé dans
le lit de la cellule numéro B0005, un long soupiré s’envola d’entre mes lèvres,
tandis que je me redressais pour enjambée l’échelle du lit superposé et
atterrir au sol en souplesse. Kalai dormait encore, en tout cas si ce n’était
pas le cas, il avait la respiration paisible et régulière. Détournant le regard
du jeune homme, je m’affairai à l’évier pour me passer un coup d’eau fraiche
sur le visage, aussi bien pour me réveiller de cette nuit sans sommeil, que
pour me donner un coup de fouet pour cela à venir. Tout en m’essuyant le visage
ruisselant d’eau, avec le marcel blanc que je portais sous ma combinaison de
détenu, j’observai le reflet de la glace sommairement accroché au mur. J’eut
l’impression d’y voir un homme fatigué, usé par le temps et sans doute par ses
années de captivité. J’abaissant mon regard vers le torse, pour y voir une
ligne de muscles sculptés, comme un soupçon d’embonpoint. Saisissant cette fine
partie de graisse dont j’avais toujours eu du mal à me débarrasser, autant par
le passé qu’à l’heure d’aujourd’hui, je pris la décision de faire un passage à
la salle de musculation dans la journée. Pas question de perdre ce que j’avais
si durement acquis dans ma jeunesse et conservé jusqu’à maintenant !
Rabaissant
mon tee-shirt, ma veste de combinaison sommairement fermée, je quittai ma
cellule dont les portes venaient de souffrir pour me diriger vers le
réfectoire. J’y croisai le chef des mâtons, que je lorgnai du coin de l’œil,
sans m’en privé. Oh petit plaisir de cette misérable vie ! Engouffrant un café
et quelques fioritures, je quitte le réfectoire m’autorisant un détour de deux
tablés pour ne pas croiser le même chemin que Sight et Zinhgleur. C’est deux là
étaient véritablement un duo de tous les diables. J’avais toujours eu
l’impression de voir un nuage nauséabond derrière eux. Laissant la porte
battante grincer à mon passage, je filais vers les douches, rituel de la
matinée. J’avais bien évidemment, pris au passage une nouvelle combinaison et
deux débardeurs d’un noir de jais, pour ne pas avoir besoin de retourner à ma
cellule ensuite.
La douche
prise, le repas de midi, sommairement avalé, je profitais du fait que nous
ayons quartier libre pour me diriger vers la salle de musculation. Je savais
pour y être déjà allé, qu’il y avait aussi tout le nécessaire à la pratique de
la boxe, ou tout autre sport de combat. J’engouffrai l’une de mes mains dans
les poches de mon uniforme pour en saisir mon paquet de cigarettes. Agitant
celui-ci d’un geste du poignet, je grinçais des dents. Il n’en restait plus
beaucoup. Je ne mis pas bien longtemps avant d’arrivée à destination, juste le
temps de me ruiner les poumons avec une nouvelle dose de goudron Trouvant les
lieux déjà occupé par certains détenus, plus ou moins connu, je m’avançai parmi
eux et ôtai ma veste de combinaison avant de débuter quelques échauffements,
aux altère, aux poids et autres appareils.
J’enchainai
alors avec un punching ball, me bandant les poignets avec le matériel associé,
avant de débuter coups après coups. Tacle, coup de poing, crochet du droit, du
gauche, passant mon avant-bras de temps en temps sur mon front pour en essuyer
la sueur, puis reprendre, tacle, coup de poing, etc. Tout y passa, pendant de
longues minutes, si longues même que je ne me rendis pas bien compte du temps
qui fila, tout comme les personnes qui s’étaient regroupé dans la salle de
musculation.
Les muscles
échauffés, le souffle court mais pourtant régulier, je m’approchai de la
serviette et de la bouteille d’eau j’avais apporté, pour en avaler de longues
gorgées, alors que du coin de l’œil je vis un homme s’approcher. Bouchant la
bouteille, avant de prendre en main la serviette et de m’éponger la nuque comme
le visage, sans un mot, j’écoutais ce qu’avait à me dire le jeune, avant de
jeter un regard en biais vers les deux hommes qu’il me désignait du menton.
Alors
c’était lui, le chez de fameux Blacks Tears. Qui n’en avait pas entendu parler,
entre ses murs, comme à l’extérieur d’ailleurs. Je le jaugeais un instant, puis
m’approchai d’eux, guider par membre de leurs gangs sans doute. Les deux hommes
étaient impressionnants et j’eut aucun mal à remarquer lequel des deux étaient
le chef de la meute. Il se dégageait de lui un charisme, une force colossale.
Randy, si je me souvenais bien de son prénom, imposait le respect. Un respect
que je saurais apprécier et entretenir, s’il en faisait de même.
- « Il semblerait que tu veuilles me parler. », lançais-je pour briser le silence,
tout en continuant de m’essuyer, la nuque et les bras.
J’abandonne
la contemplation de Randy un instant, pour m’occuper de celle de son garde du
corps. Nouvel arrivant, si je me souvenais bien, Jason Ravana. Lui aussi faisait
partie du gang et l’avait dirigé un certain temps, mais rare était les
informations à son sujet. Le second des Black Tears avait lui aussi une
présence impressionnante. Son aura calme et discrète m’intriguait, me donnant
l’impression qu’il guettait la moindre approche agressive. J’eut un sourire en
coin, il devait faire un bon chien de garde !
Je reportai
enfin mon attention sur l’homme assis en face de moi, cherchant de nouveau dans
mes poches mon paquet de cigarettes pour m’en allumer une, fixant le duo d’un
regard calme et patient. J’ignorais de quoi voulait me parler Randy et
j’imaginais alors les sujets possiblement abordables. De toutes les idées les
plus farfelues que je venais d’avoir, seule une me semblaient un tantinet
crédible. Celle d’un arrangement, ou d’une quelconque magouille. Aussi je
restai patient et m’assis sur le siège de la machine en face de cet homme, lui
laissant le loisir de me jauger s’il en avait envie.
Sous un
nuage grisâtre, ma voix claqua calme et puissante.
- « Je t’écoute. »
